1939 Vichy interdit la FNTC

A la fin 1939, l’association interdite et dissoute, ses biens sont mis sous "séquestre". De nombreux militants rejoindront rapidement la Résistance.








Victor MICHAUT

Bio par sa fille Marie Claude

AINCOURT (Oise)


et pendant ce temps-là :


"Le régime de Vichy crée un "Comité National de l'assistance", qui ne se réunit qu'à sa création et ne fonctionne pas. La politique sociale du régime prend pour base la famille dont le Maréchal Pétain affirme que "Son droit est supérieur à celui de l'Etat comme à celui de l'individu". Le Secours National fonctionnera par l'appel à la charité privée ; L'assistance aux infirmes est sous la responsabilité de la famille, en particulier de la mère, "qui fait rayonner autour d'elle l'amour qui permet d'affronter les plus rudes épreuves avec un courage inébranlable". Le Maréchal Pétain qualifie de "pitoyable" l'histoire des lois sociales de la III° République et lui préfère le corporatisme et la famille comme expression de la fraternité. Le régime de Vichy réalise la "Retraite des Vieux travailleurs", soucieux de donner une "image sociale" au paternalisme du Maréchal. La solidarité du régime de Vichy sert à instituer des rapports entre des couches sociales aux intérêts opposés par la politique sous la III° République, en particulier les patrons et leurs ouvriers. Le Maréchal Pétain y fait allusion lourdement lors de son allocution sur la retraite des vieux. Elle s'adresse à des catégories sociales déterminées (beaucoup de bénéficiaires de la loi sont d'anciens combattants et la retraite figure depuis longtemps dans les revendications de ceux-ci). Pour autant, les anciens combattants ne sont pas les seuls bénéficiaires de la sollicitude du régime. Les accidentés du travail sont bien traités par "l'attachement du Maréchal". Des organisations d'invalides civils réussissent à s'organiser sous l'occupation. La Fédération Nationale des Mutilés du travail a pour secrétaire fédéral Baptiste Marcet en Juin 1940. Il est arrêté en Décembre 1940 par la police de Vichy et interné au camp de Saint-Germain-Les-Belles (Haute Vienne). Belin, Ministre du Travail du gouvernement Laval, le libère après intervention de militants de l'association. (A la libération, l'affaire soulève des soupçons de collaboration avec Pierre Laval contre les avantages concédés aux mutilés du travail par le Conseil d'Etat et le gouvernement). Les mutilés du travail obtiennent des lois favorables".

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La grande épidémie de poliomyélite de 1924 à 1930 prenait tout le monde de court, y compris le corps médical. Des adultes jeunes et vigoureux devenaient invalides. Ni la société, ni la médecine n'y étaient préparées. En 1933 naît l'Association des Paralysés de France. Elle constitue un réseau d'entraide et de solidarité entre personnes invalides. L'initiative reçoit des soutiens bénévoles pour des soins et appareillages, la scolarité, la formation professionnelle, l'emploi. Les autorités, elles, se montrent sceptiques à l'époque où les institutions sanitaires confient ce problème aux hospices civils et asiles psychiatriques. C'est pourquoi l'initiative d'une intégration sociale de l'infirmité ne reçoit pas d'argent officiel en l'absence de précédent. "La première manne semi-publique nous vint pendant la guerre, du Secours National". Le gouvernement de Vichy prête une attitude sympathique aux associations d'infirmes civils comme l'A.P.F. M. Lamirand, Secrétaire d'Etat à la jeunesse, rend visite au centre A.P.F. d'artisanat pour invalides à Saint Clément des Levées près de Saumur. Le Secours National fournit un appui précieux pour la fourniture du centre en matière première, ainsi que pour la Maison familiale d'Aix-les-Bains ouverte par l'A.P.F., en 1942 pour les enfants réfugiés.

dans Quelques jours de son   Journal de prison :

Victor MICHAUT - Prison cellulaire de Tarbes - 1941 -

19 décembre

Mes petits frangins sont magnifiques ! Du camp de concentration où ils séjournent depuis près d'un an, ils ont trouvé le moyen de m'expédier un colis de livres qui m'a été remis hier soir. C'est un bon choix de classiques Larousse et Hachette où se trouvent pèle mêle Montaigne, Pascal, Machiavel, Fénelon, Musset et Baudelaire. Ils y ont joint le premier volume de l'Ame enchantée où je vais renouer connaissance avec la courageuse et sensible Annette de Romain Rolland (cette Annette, femme idéale en qui je retrouve ma petite Clo).

Au coucher hier, échange d'idées sur la tuberculose ce fléau social (14.000 morts chaque année - autant qu'une guerre !- ) Avec Edmond nous parlons de ..Clairvivre..- Cette solution artificielle du problème puisqu'elle aboutit simplement à retirer de la société les malades tuberculeux et leur offre la vie en vase clos (comme dans une sorte de léproserie) Je songe à ma vie antérieure au sana, à l'attitude presque antisociale de la plupart des médecins, aux vices qui trouvent parmi les malades un terrain de prédilection (alcoolisme, jeux de courses, pornographie). Et notre association dissoute ? N'est-ce pas horrible en soi de penser que des milliers de malades étaient contraints de s'organiser pour faire respecter leurs droits et obtenir des soins indispensables à leur état ? Que d'obscurs dévouements, que d'héroïsme parmi les militants de la FNTC (Fédération nationale des Tuberculeux Civils). Je revois encore le visage fiévreux, aux pommettes rouges saillantes, de Martin dont j'ai appris la mort quelques mois avant mon arrestation. Malgré son double pneumo il se dépensait sans compter, se consumant comme une bûche dans la cheminée, la poitrine brûlée d'un inextinguible feu intérieur. Avant de mourir il m'avait légué son livret militaire et c'est sous l'identité de ce copain mort que je vivais illégalement - m'habituant si bien à mon identité nouvelle que j'en avais presque oublié la sienne.